Qui sont les Perses ? Origines, langue et identité d'un peuple millénaire
De la province de Parsa à l'Iran contemporain : aux sources historiques, linguistiques et culturelles de la civilisation perse
À la fois peuple fondateur d'empires universels et matrice d'une culture raffinée ayant irrigué toute l'Eurasie, les Perses possèdent une histoire multimillénaire singulière. Cet article retrace leur ethnogenèse indo-européenne, leur expansion territoriale, leur héritage littéraire et la distinction fondamentale entre identité perse et nationalité iranienne.
Key takeaways
- Les Perses sont historiquement une branche des peuples indo-iraniens ayant migré d'Asie centrale vers la région du Fars (Parsa) vers 1000 av. J.-C.
- Cyrus le Grand a unifié les Mèdes et les Perses en 550 av. J.-C., créant l'Empire achéménide, le premier empire universel de l'histoire humaine.
- La langue persane (farsi) s'est développée en trois phases distinctes : le vieux-perse cunéiforme, le moyen-perse (pehlevi) et le persan moderne.
- Le poète Ferdowsi a sauvé la langue et la mémoire persanes après la conquête islamique grâce à son chef-d'œuvre épique, le Shahnameh, achevé vers 1010.
- En 1935, le gouvernement de Reza Chah a demandé à la communauté internationale d'utiliser officiellement le nom 'Iran' plutôt que 'Perse' pour désigner le pays.

Comprendre qui sont les Perses exige de remonter aux origines d'une des plus vieilles civilisations continues du monde. Au sens strict, les Perses constituent un peuple d'origine indo-européenne apparu dans les sources cunéiformes au IXe siècle avant notre ère, initialement installé dans le sud-ouest du plateau iranien, dans la région historique appelée Parsa (l'actuelle province du Fars). Fondateurs du plus vaste empire de l'Antiquité sous l'égide de la dynastie achéménide, ils ont forgé un modèle politique, artistique et administratif novateur qui a profondément marqué le Proche-Orient, le monde méditerranéen et l'Asie centrale. Loin d'être une entité figée dans le marbre des bas-reliefs de Persépolis, l'identité perse a traversé les millénaires en absorbant et en transformant les influences extérieures, de l'hellénisme à la conquête islamique, pour devenir la matrice culturelle de l'Iran contemporain.
Pour le public occidental, une confusion terminologique tenace subsiste entre les notions de « Perse » et d'« Iranien ». Alors que le terme Perse a longtemps été employé par l'Occident pour désigner l'ensemble de l'État iranien — par héritage du vocabulaire des historiens grecs classiques tels qu'Hérodote —, il renvoie en réalité à un groupe ethnolinguistique précis. Les Perses représentent le groupe majoritaire en Iran, mais le pays abrite également des Azéris, des Kurdes, des Arabes, des Baloutches et des Turkmènes. Définir qui sont les Perses implique donc d'analyser une convergence unique entre une lignée linguistique indo-iranienne, une géographie montagnarde spécifique et une tradition littéraire d'une exceptionnelle longévité.
Origines migratoires et ethnogenèse : du pastoralisme nomade à l'Empire
L'apparition des Perses sur la scène historique résulte des vastes migrations des tribus pastorales indo-européennes venues des steppes d'Asie centrale au cours du IIe millénaire avant notre ère. Ces pasteurs nomades, porteurs de la culture matérielle d'Andronovo et de complexes archéologiques apparentés, se scindèrent progressivement en deux rameaux : l'un se dirigeant vers le sous-continent indien, l'autre franchissant l'Oxus (l'Amou-Daria) pour s'infiltrer lentement sur le vaste plateau iranien. Parmi ces groupes figuraient les Mèdes, installés dans le nord-ouest, et les Perses (les *Parsua* ou *Parsumash* des chroniques assyriennes), qui glissèrent progressivement le long des chaînes plissées du Zagros vers le sud-est.
La première mention textuelle attestée du nom des Perses apparaît sur les inscriptions royales du souverain assyrien Salmanazar III, vers 843 avant notre ère. Ces textes évoquent le tribut payé par les chefs de tribus du pays de Parsua, alors situé au sud du lac d'Ourmia. Au cours des décennies suivantes, sous la pression constante de l'impérialisme militaire assyrien, ces clans perses migrèrent vers le sud et s'établirent dans les hautes vallées fertiles du Fars. Là, ils entrèrent en contact intime avec la civilisation élamite, un peuple autochtone non indo-européen de très haute culture urbaine, dont la capitale montagnarde était Anshan. Ce métissage culturel entre les cavaliers perses et la chancellerie élamite servit de creuset à la naissance de la nation perse historique.
Qui sont les Perses à travers leurs empires historiques ?
L'identité perse s'est cristallisée dans l'exercice d'un pouvoir impérial novateur. Vers 559 avant notre ère, Cyrus II, dit Cyrus le Grand, issu de la maison des Achéménides, monte sur le trône d'Anshan. En quelques années, il renverse son suzerain mède Astyage, annexe le royaume de Lydie en Anatolie, puis conquiert Babylone en 539 av. J.-C. Cyrus ne se comporte pas en despote destructeur : il inaugure une politique de gouvernance fondée sur le respect des cultes locaux, la réhabilitation des divinités indigènes et le maintien des élites locales dans les structures administratives. Cette attitude pragmatique et tolérante, immortalisée par le célèbre cylindre de Cyrus découvert à Babylone, devient la marque de fabrique du génie politique perse.
Sous Darius Ier et Xerxès Ier, l'Empire achéménide s'étend de la vallée de l'Indus jusqu'aux rives du Danube et de l'Égypte, devenant le premier empire à embrasser une telle diversité de peuples. Darius réorganise l'État en une vingtaine de satrapies reliées par la Voie royale, standardise le monnayage d'or (la darique) et fait ériger Persépolis (Parsa), joyau architectural et rituel célébrant le Nouvel An persan (Nowruz). Pour ces souverains, le fait d'être « Perse, fils de Perse, Aryen de souche aryenne » (*Pârsa Pârsahyâ puthra Ariya Ariyachitra*), comme le proclame Darius sur son tombeau rupestre de Naqsh-e Rostam, constituait une fierté absolue doublée d'un mandat cosmique accordé par le dieu Ahura Mazda pour maintenir l'ordre et la justice contre le mensonge (*drauga*).
Après la parenthèse séleucide et la longue domination des Parthes arsacides — un peuple iranien venu du nord-est —, l'élément spécifiquement perse reprend le contrôle politique en 224 de notre ère avec l'avènement de la dynastie sassanide, issue elle aussi du Fars. Ardachir Ier et ses successeurs, notamment Chahpour Ier et Khosro Ier Anushirvan, mènent une politique de restauration nationaliste et religieuse. Le zoroastrisme devient une véritable religion d'État dotée d'un clergé puissant, tandis que la langue moyen-perse (pehlevi) s'impose comme idiome théologique, administratif et littéraire face à l'Empire romain d'Orient, dans une rivalité séculaire qui épuisera les deux géants.

La langue persane : colonne vertébrale de l'identité et renaissance littéraire
Si les frontières politiques de la Perse ont oscillé au gré des invasions, la langue a constitué le rempart inexpugnable de son identité. Le persan est une langue indo-européenne dont la trajectoire diachronique est l'une des mieux documentées au monde. Le vieux-perse des inscriptions achéménides, gravé en caractères cunéiformes, témoigne d'une grammaire hautement flexionnelle proche du sanskrit védique et de l'avestique. Au fil des siècles, cette langue s'est considérablement simplifiée sur le plan morphologique pour donner le moyen-perse (pehlevi) sous les Sassanides, avant de transiter vers le persan moderne (farsi) après la conquête arabo-musulmane.
La défaite des armées sassanides face aux tribus arabes à la bataille d'al-Qadisiyya en 636 et l'effondrement de la dynastie en 651 entraînèrent une onde de choc civilisationnelle. Pourtant, là où les populations d'Égypte, du Levant et d'Afrique du Nord adoptèrent progressivement la langue arabe avec l'islam, la Perse refusa l'arabisation linguistique. Ce phénomène exceptionnel a été analysé par les orientalistes comme l'expression d'une résistance culturelle tenace, connue sous le nom de mouvement de la *Shu'ubiyya*. Si l'arabe s'imposa temporairement pour la théologie et les sciences, les Perses réinventèrent leur propre langue en adoptant l'alphabet perso-arabe enrichi de quatre lettres spécifiques (پ, چ, ژ, گ) pour transcrire leurs phonèmes originaux.
Cette renaissance atteint son apogée à l'orée du XIe siècle grâce au poète Ferdowsi de Tous. Durant plus de trois décennies de labeur solitaire, Ferdowsi composa le *Shahnameh* (« Le Livre des Rois »), une monumentale épopée de plus de cinquante mille distiques retraçant l'histoire mythique et historique de l'Iran depuis la création du monde jusqu'à la chute des Sassanides. En purifiant son lexique de la plupart des emprunts arabes, Ferdowsi redonna aux Perses la mémoire de leurs héros fondateurs — Jamshid, Rostam, Sohrab — et sauva leur langue maternelle de l'oubli. Dès lors, le persan devint la langue véhiculaire d'une immense sphère culturelle (la « Persophonie ») s'étendant de la cour des empereurs moghols en Inde jusqu'aux chancelleries de l'Empire ottoman.
Perses et Iraniens : clarifications géopolitiques et ethniques
L'un des questionnements récurrents dans la compréhension contemporaine de ce peuple réside dans la dualité entre les mots « Perse » et « Iran ». Historiquement, le mot *Iran* dérive du génitif pluriel vieux-perse *Aryanam*, qui a donné *Eran* en moyen-perse, signifiant littéralement « le pays des Aryens » (au sens noble et originel de populations de langue indo-iranienne). Les habitants du plateau ont constamment utilisé ce terme pour désigner leur territoire politique et moral. Les Occidentaux, en revanche, sous l'influence des récits d'Eschyle ou de Thucydide, prirent l'habitude d'appliquer le nom de la province d'origine de Cyrus — la *Persis* grecque, c'est-à-dire le Fars — à la totalité du pays.
C'est le 21 mars 1935, à l'occasion du nouvel an persan, que le gouvernement modernisateur de Reza Chah Pahlavi adressa une note officielle à l'ensemble des légations diplomatiques pour exiger que la communauté internationale cesse d'employer le terme exogène de « Perse » au profit exclusif d'« Iran ». Il s'agissait d'un geste d'émancipation post-coloniale et d'une volonté d'englober dans la citoyenneté moderne toutes les minorités nationales (Azéris turcophones, Kurdes, Arabes du Khouzistan) qui ne se reconnaissaient pas dans l'étiquette purement ethnique de « Perse ».
- Les Perses d'Iran : constituent environ 61 % des 88 millions d'habitants du pays, habitant principalement le centre urbain (Téhéran, Ispahan, Chiraz, Yazd, Kerman).
- Les Tadjiks : population de langue et de culture persanes (dari/tadjik) vivant majoritairement au Tadjikistan, en Ouzbékistan (Samarcande, Boukhara) et dans le nord-est de l'Afghanistan.
- Les Hazaras et Farsiwans : communautés persanophones d'Afghanistan de confession chiite ou sunnite, partageant une parenté linguistique directe avec le farsi.
- La diaspora persane : présente en grand nombre en Amérique du Nord (notamment à Los Angeles, surnommée 'Tehrangeles') et en Europe occidentale, maintenant vivace la transmission des arts et de la langue.
| Période linguistique | Chronologie | Système d'écriture | Contexte politique majeur | Œuvre ou texte représentatif |
|---|---|---|---|---|
| Vieux-perse | VIe – IVe s. av. J.-C. | Cunéiforme phonétique | Empire achéménide | Inscription trilingue de Behistun |
| Moyen-perse (pehlevi) | IIIe s. av. J.-C. – IXe s. ap. J.-C. | Écriture pehlevie (dérivée de l'araméen) | Empires parthe et sassanide | Le Livre d'Arda Viraf, textes zoroastriens |
| Persan classique | IXe – XVIIIe siècle | Alphabet perso-arabe | Dynasties samanide, seldjoukide, safavide | Le Shahnameh de Ferdowsi, poésie de Hafez |
| Persan contemporain | XIXe siècle – Présent | Perso-arabe (Iran, Afg.) / Cyrillique (Tadj.) | Iran moderne, Afghanistan, Tadjikistan | Romans de Sadegh Hedayat, poésie moderne |
Longévité des grandes dynasties persanes à travers les âges
Pour comprendre la persistance de l'influence perse, il est instructif d'observer la longévité respective des principales dynasties ayant structuré leur espace géopolitique. Les empires fondés par les Perses ou assimilant profondément leur culture administrative ont fait preuve d'une résilience remarquable face aux invasions grecques, mongoles et turques, assimilant systématiquement les conquérants jusqu'à les transformer en mécènes de la culture persane.
Repères chronologiques capitaux de la civilisation perse
Les annales du roi assyrien Salmanazar III mentionnent pour la première fois les tribus Parsua dans les monts Zagros.
Le Nouvel An persan, célébré à l'équinoxe de printemps, remonte à l'Antiquité zoroastrienne et figure aujourd'hui au patrimoine immatériel de l'UNESCO.
Le persan moderne ne possède aucun genre grammatical (ni masculin, ni féminin), utilisant un pronom unique (ou, او) pour désigner indifféremment 'il' ou 'elle'.
Le système de relais de poste monté achéménide (le chapar khaneh) sur la Voie royale a suscité l'admiration d'Hérodote pour sa rapidité stupéfiante.
La poésie persane a donné au monde les plus illustres maîtres de la spiritualité soufie universelle, parmi lesquels Rûmî, Saadi, Hafez et Attar.
“Moi, Darius, le grand roi, roi des rois, roi des pays aux multiples langues, roi de cette grande terre au loin, fils d'Hystaspe, un Achéménide, un Perse, fils d'un Perse, un Aryen de souche aryenne.”
Conclusion : la persanité comme idéal humaniste et culturel
En définitive, répondre à la question « qui sont les Perses ? » ne peut se résumer à une simple catégorisation génétique ou administrative. Si le socle ethnique s'enracine dans les plateaux du sud-ouest iranien et s'exprime dans la langue farsi, l'identité perse est avant tout une conception du monde (*Weltanschauung*), caractérisée par une passion absolue pour l'esthétique, le culte de la parole poétique, la courtoisie relationnelle raffinée (*ta'arof*) et un sentiment profond de continuité historique face aux aléas de la politique mondiale. Des jardins paradisiaques (*pairidaēza*, qui a donné le mot paradis) jusqu'aux coupoles azurées des mosquées d'Ispahan, les Perses ont su perpétuer une identité vivante où la culture transcende les frontières politiques et les ruptures d'empires.
References
Frequently asked questions
Qui sont les Perses aujourd'hui ?
Aujourd'hui, les Perses forment le principal groupe ethnolinguistique d'Iran, représentant environ 60 à 65 % de la population nationale. Ils sont caractérisés par l'usage maternel du persan (farsi) et partagent une histoire culturelle commune avec des populations persanophones voisines, notamment les Tadjiks du Tadjikistan et d'Afghanistan, ainsi que les Hazaras.
Quelle est la différence entre Perse et Iranien ?
Le terme 'iranien' désigne à la fois une nationalité moderne (citoyen de la République islamique d'Iran) et une vaste famille ethnolinguistique regroupant Perses, Kurdes, Baloutches, Gilakis ou Pachtounes. Les Perses ne constituent donc qu'un groupe spécifique — bien que démographiquement et historiquement prépondérant — au sein de l'ensemble iranien.
Quelle langue parlent les Perses ?
Les Perses parlent le persan, localement appelé 'farsi' en Iran, 'dari' en Afghanistan et 'tadjik' au Tadjikistan. C'est une langue appartenant au rameau indo-iranien de la grande famille linguistique indo-européenne, ce qui la rattache structurellement et étymologiquement aux langues européennes comme le grec, le latin, le français ou l'anglais.
Quelle était la religion des anciens Perses ?
Dans l'Antiquité, les Perses pratiquaient principalement le zoroastrisme (ou mazdéisme), une religion fondée sur les enseignements du prophète Zarathoustra. Cette foi reposait sur une vision dualiste opposant la vérité et la lumière (Ahura Mazda) au mensonge et au chaos (Angra Mainyu). Après la conquête arabo-musulmane au VIIe siècle, la majorité des Perses s'est progressivement convertie à l'islam, majoritairement chiite depuis le XVIe siècle.
Pourquoi la Perse a-t-elle changé de nom pour devenir l'Iran ?
Le pays ne s'est jamais nommé 'Perse' de l'intérieur : les habitants ont toujours appelé leur terre 'Iranshahr' ou 'Iran' ('terre des Aryens'). Le nom 'Perse' provient des Grecs anciens, qui désignaient l'ensemble de l'empire d'après la province méridionale de Parsa. En 1935, Reza Chah a formellement demandé aux chancelleries étrangères d'adopter le terme indigène 'Iran' afin d'affirmer la souveraineté nationale et l'unité multiethnique.
Les Perses sont-ils des Arabes ?
Non, les Perses ne sont pas des Arabes. Bien qu'ils partagent une proximité géographique au Moyen-Orient, une religion majoritairement musulmane et un alphabet d'origine arabe adapté, les Perses possèdent une origine ethnique indo-européenne distincte du groupe sémitique auquel appartiennent les Arabes, ainsi qu'une langue et une histoire impériale propres.