Hafez de Chiraz
Lisān al-Ghayb, la langue de l'Invisible. Le plus grand poète lyrique de la langue persane, dont le Divan est ouvert au hasard dans les foyers iraniens pour y chercher un guide, et dont Goethe disait qu'il était son propre jumeau par-delà les siècles.
Un poète de Chiraz
Shams al-Dīn Muhammad naquit à Chiraz vers 1320, la ville qu'il ne quitta que deux fois dans une longue vie et vers laquelle il revint épuisé à chaque fois. Il reçut jeune le titre de Hafez — « celui qui sait le Coran par cœur » — et gagna sa vie en enseignant et en copiant des manuscrits auprès des cours des dynasties Injuide et Mozaffaride.
Le XIVe siècle fut un âge de violence pour l'Iran : guerres de succession mongoles, princes rigoristes, invasion de Tamerlan. Hafez écrivit à travers tout cela, adressant ses ghazals à l'aimé, à l'échanson, à la brise de l'aube et, plus obliquement, au prédicateur hypocrite (zāhed-e riyā'i) qui hante ses pages.
"Les prédicateurs qui étalent leur piété en prière et en chaire / se comportent autrement lorsqu'ils sont seuls. / J'ai une question à poser aux savants de l'assemblée : / pourquoi ceux qui professent la foi ont-ils si peu de foi ?"
Cinq cents ghazals qui contiennent un univers
| Forme | Nombre | Remarques |
|---|---|---|
| Ghazals | ~500 | Le cœur du Divan — les plus copiés, les plus mémorisés |
| Rubā'iyāt | ~40 | Quatrains, brefs et aphoristiques |
| Qasidas | 5 | Longues odes panégyriques — rares chez Hafez |
| Masnavis | 2 | Courts distiques narratifs |
| Saqi-nāma | 1 | Un « livre de l'échanson » — méditation sur le vin et le temps |
Le vin, l'aimé, et la question du sens
Depuis sept siècles, les lecteurs débattent pour savoir si le vin de Hafez est littéral ou mystique, si l'aimé est un jeune homme de Chiraz ou le divin. La réponse classique du monde persan est : oui. Le ghazal est construit pour le sens en couches — iham(l'ambiguïté intentionnelle) en est la vertu suprême. Un seul vers peut s'adresser à la fois à un mécène de cour, à un amant humain et à Dieu, et un grand ghazal joue sur les trois registres à la fois.
Sāqi
L'échanson — celui qui apporte la grâce, l'attention, la présence
Pir-e moghān
L'« ancien mage » — le véritable guide zoroastrien/soufi
Rend
Le vaurien — l'outsider spirituellement libre auquel Hafez s'identifie
Bād-e sabā
La brise de l'aube — messagère entre l'amant et l'aimé
Goethe, Emerson et le monde
La traduction allemande de Joseph von Hammer-Purgstall, publiée en 1812-1813, parvint à Goethe au sommet de sa puissance ; il en résulta le Divan occidental-oriental (1819), un dialogue poétique de la taille d'un livre à travers les siècles et les langues. Emerson lut Hafez ensuite, et c'est par Emerson que Hafez entra dans le transcendantalisme américain. Aujourd'hui, son Divan demeure le livre persan le plus imprimé après le Coran, et son tombeau dans les jardins de Musalla à Chiraz — le Hāfezieh — est l'un des sites de pèlerinage les plus fréquentés d'Iran.



À l'intérieur du Divan
Le Divan de Hafez n'est pas un récit mais un recueil : environ 500 ghazals, plus un corpus plus restreint de qasidas, de quatrains et de fragments. Aucun manuscrit autographe ne subsiste, et les poèmes furent rassemblés après sa mort, ce qui explique que les éditions diffèrent tant par le nombre de poèmes que par le libellé des vers individuels.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Ghazals | ~495 dans l'édition Qazvini–Ghani (1941) |
| Autres formes | Qasidas, qet'as, roba'is et quelques masnavis |
| Longueur typique d'un ghazal | 7 à 12 distiques, se terminant par le nom de plume du poète |
| Édition critique de référence | Parviz Natel-Khanlari, 2 vol., 1980–1983 |
| Manuscrits les plus anciens | Dans les quelques décennies suivant la mort du poète en 1390 |
| Versions anglaises les plus connues | Gertrude Bell (1897), A. J. Arberry (1947), Dick Davis (2012) |
Le vocabulaire du ghazal
Hafez travaille avec un ensemble fixe d'images qui portent une double charge : littérale en surface, mystique ou politique en dessous. Le lire, c'est tenir les deux sens à la fois — c'est précisément pourquoi six siècles de commentateurs n'ont jamais tranché la question de savoir s'il est un libertin ou un soufi.
| Image | Sens littéral | Second sens |
|---|---|---|
| Le vin (may) | La coupe interdite | Ivresse divine, perte de soi |
| L'Aimé | Un objet humain de désir | Dieu, ou le souverain idéal |
| La taverne (kharabat) | Un débit de vin mal famé | La loge soufie hors de l'orthodoxie |
| L'ancien mage (pir-e moghan) | Un marchand de vin zoroastrien | Le véritable maître spirituel |
| L'ascète (zahed) | Le voisin pieux | L'hypocrisie et la police religieuse |
| La rose et le rossignol | Un jardin persan au printemps | Le désir de l'âme pour le divin |
Hafez et Chiraz de ses ghazals
Le Khwaja de Chiraz est enterré dans son jardin-tombeau, le Hafezieh ; les pèlerins tirent encore un f\u0101l en ouvrant son Divan au hasard.




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Questions fréquentes
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References
- ↗ Encyclopædia Iranica — Hafez (vue d'ensemble)
- ↗ Ehsan Yarshater — Hafez: His Life and Times
- ↗ Goethe — Divan occidental-oriental (1819)
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